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"La victoire n'est pas facile mais elle est certaine."

Vie et Parcours

Jeunesse et formation (1972-1990s)

Narges Mohammadi naît le 21 avril 1972 à Zanjan, capitale de la province homonyme dans le nord-ouest de l'Iran. Elle grandit dans un contexte marqué par la révolution iranienne de 1979 et ses conséquences. Durant son enfance, sa famille subit la répression du nouveau régime islamique : plusieurs membres de sa famille élargie sont emprisonnés, torturés et exécutés. Ces événements traumatisants forgent sa conscience politique dès le plus jeune âge. Malgré ces épreuves, sa famille reste aimante et optimiste, encourageant son éducation.

Brillante étudiante, Narges poursuit des études de physique à l'Université internationale Imam-Khomeini de Qazvin, où elle obtient un diplôme en physique appliquée. Son rêve initial est de devenir chercheuse en physique quantique et de poursuivre un doctorat. Cependant, pendant ses années universitaires, elle s'engage activement dans le militantisme étudiant, fondant le groupe d'étudiants éclairés (Tashakkol Daaneshjuyi Roshangaraan). Elle écrit des articles défendant les droits des femmes dans le journal étudiant et est arrêtée à deux reprises lors de réunions politiques. C'est à l'université qu'elle rencontre Taghi Rahmani, un intellectuel du mouvement Nationaliste-Religieux, qu'elle épousera en 1999.

L'éveil à l'engagement (années 2000)

Après ses études, Narges devient ingénieure pour une entreprise d'inspection de bâtiments tout en poursuivant son engagement pour les droits humains. En 2003, elle rejoint le Centre des défenseurs des droits humains, fondé par Shirin Ebadi, lauréate du prix Nobel de la paix la même année et seule autre Iranienne à avoir reçu cette distinction. En tant que vice-présidente du Centre, Narges se concentre sur l'aide aux prisonniers politiques, la campagne contre la peine de mort et la dénonciation de la torture et des violences sexuelles perpétrées par le régime.

Son engagement lui coûte cher : elle est arrêtée pour la première fois en 1998, puis à nouveau en 2010, 2011, et de manière répétée par la suite. En 2006, elle et Taghi Rahmani ont des jumeaux, une fille et un garçon, Kiana et Ali. Mais la répression s'intensifie : en 2015, son mari et ses enfants sont contraints de fuir en France pour leur sécurité, tandis qu'elle reste en Iran pour poursuivre son combat. Narges n'a pas pu voir ses enfants grandir et ne les a vus que très rarement depuis leur exil.

Combat depuis la prison (2016-présent)

En mai 2016, Narges est condamnée à 16 ans de prison pour avoir "établi et dirigé le groupe clandestin illégal Legam", un mouvement de défense des droits humains militant pour l'abolition de la peine de mort. Elle est incarcérée à la prison d'Evin à Téhéran, tristement célèbre pour ses conditions inhumaines et les abus commis contre les prisonniers politiques. Brièvement libérée en 2020, elle est à nouveau arrêtée quelques mois plus tard. Des peines supplémentaires s'accumulent : elle est finalement condamnée à un total de 31 ans de prison et 154 coups de fouet.

En septembre 2022, la mort de Mahsa Amini, une jeune femme arrêtée pour "port inapproprié du hijab", déclenche des manifestations massives à travers l'Iran. Depuis sa cellule, Narges devient une voix de premier plan, écrivant des articles dans le New York Times et critiquant ouvertement le régime. Le 6 octobre 2023, alors qu'elle est toujours emprisonnée, elle est annoncée lauréate du prix Nobel de la paix. Elle devient ainsi la cinquième personne à recevoir ce prix en détention. Malgré les appels internationaux, elle reste en prison. En décembre 2024, elle reçoit une autorisation médicale temporaire pour une opération, mais est à nouveau arrêtée en décembre 2025 lors d'une cérémonie en mémoire d'un avocat des droits humains. Au moment de février 2026, elle est en grève de la faim pour protester contre sa détention arbitraire.

Actions et Réalisations

Défense des prisonniers politiques et lutte contre la peine de mort

Pendant plus de deux décennies, Narges a consacré sa vie à défendre les prisonniers politiques en Iran, documentant les abus, organisant le soutien juridique et moral aux détenus et à leurs familles. Elle a dirigé des campagnes nationales contre la peine de mort, dénonçant son utilisation comme outil de répression politique par le régime. Même depuis sa propre cellule, elle continue à organiser des ateliers éducatifs pour ses codétenues, à diriger des groupes de prière et même des soirées dansantes pour maintenir le moral et la dignité des femmes emprisonnées.

Dénonciation de la torture et des violences sexuelles

Narges a courageusement exposé l'utilisation systématique de la torture et des violences sexuelles dans les prisons iraniennes. Après la mort de Mahsa Amini en 2022, elle a témoigné de l'augmentation dramatique des abus en prison. Dans un article publié dans le New York Times à l'anniversaire de la mort d'Amini, elle écrit : "Plus ils nous enferment, plus nous devenons fortes". Elle documente méticuleusement les violations des droits humains, fournissant des preuves essentielles aux organisations internationales.

Symbole du mouvement pour les droits des femmes en Iran

Narges est devenue un symbole puissant du mouvement "Femme, Vie, Liberté" qui a embrasé l'Iran en 2022. Bien qu'emprisonnée, elle a rédigé des déclarations soutenant les manifestantes et appelant à l'égalité de genre. En 2024, elle a appelé à "criminaliser l'apartheid de genre", dénonçant la "ségrégation systématique et institutionnalisée" des femmes en Iran. Ses codétenues témoignent qu'elle est un pilier de soutien et de moral, incarnant la résistance et l'espoir.

Impact et Reconnaissance

Narges Mohammadi a été arrêtée 13 fois, condamnée 5 fois, et cumule 31 ans de prison et 154 coups de fouet. Son courage inébranlable a fait d'elle une figure internationale de la résistance aux régimes autoritaires et de la défense des droits humains.

  • Prix Nobel de la Paix 2023 "pour son combat contre l'oppression des femmes en Iran et sa lutte pour promouvoir les droits humains et la liberté pour tous"
  • Prix Alexander Langer 2009 (10 000 euros)
  • Prix Per Anger 2011, prix international du gouvernement suédois pour les droits de l'homme
  • Prix des droits de l'homme de la ville de Weimar 2016
  • Prix Andrei Sakharov 2018 de la Société américaine de physique
  • Vice-présidente du Centre des défenseurs des droits humains (organisation interdite en Iran)
  • Son prix Nobel a été accepté par ses jumeaux de 17 ans, Kiana et Ali, à Oslo, symbolisant son absence forcée

Héritage et Influence

Impact Durable

Narges Mohammadi a transformé la lutte pour les droits des femmes en Iran en un mouvement de portée internationale. Son combat illustre la résilience extraordinaire du peuple iranien face à l'oppression. Elle a démontré que même derrière les murs d'une prison, la voix de la justice peut résonner à travers le monde. Son prix Nobel a attiré l'attention mondiale sur la situation désastreuse des droits humains en Iran, particulièrement concernant les femmes. Elle représente l'espoir de millions d'Iraniens qui aspirent à la démocratie, à la liberté et à l'égalité.

Influence sur les Mouvements Actuels

Narges est une source d'inspiration pour les mouvements de défense des droits des femmes à travers le monde, particulièrement dans les pays autoritaires. Le mouvement "Femme, Vie, Liberté" en Iran et dans la diaspora iranienne s'inspire directement de son courage. Des manifestations de soutien ont lieu régulièrement dans le monde entier, exigeant sa libération et celle de tous les prisonniers politiques en Iran. De nombreux lauréats du prix Nobel ont uni leurs voix pour réclamer sa libération inconditionnelle, démontrant la solidarité internationale qu'elle a suscitée.

Leçons pour Aujourd'hui

La vie de Narges Mohammadi nous enseigne que la fraternité universelle exige de se tenir aux côtés des opprimés, même au prix de sacrifices personnels immenses. Elle a renoncé à sa carrière scientifique prometteuse, à sa liberté, et à la possibilité de voir grandir ses enfants pour défendre les droits humains fondamentaux. Son exemple nous rappelle que les droits des femmes sont indissociables des droits humains universels, et que l'égalité de genre est essentielle à toute société juste. Elle démontre que l'espoir et la résistance peuvent survivre même dans les conditions les plus sombres. Comme elle l'a dit elle-même : "La prison a toujours été au cœur de l'opposition, de la résistance et de la lutte dans mon pays, et pour moi, elle incarne aussi l'essence de la vie dans toute sa beauté." Son message est clair : la lutte pour la justice est longue et difficile, mais "la victoire n'est pas facile mais elle est certaine".

Citations Marquantes

"Je ne cesserai jamais de lutter pour la réalisation de la démocratie, de la liberté et de l'égalité. Le prix Nobel de la paix me rendra certainement plus résiliente, déterminée, pleine d'espoir et enthousiaste."
"Plus ils nous enferment, plus nous devenons fortes." (Article du New York Times, septembre 2023)
"La prison a toujours été au cœur de l'opposition, de la résistance et de la lutte dans mon pays, et pour moi, elle incarne aussi l'essence de la vie dans toute sa beauté."
"Les droits humains étaient, pour moi, aussi nécessaires que la respiration pour rester en vie."
"Je pense toujours que si j'étais née dans un pays européen ou américain et que j'avais eu une expérience de vie différente, j'aurais pu être une physicienne active dans une université ou un laboratoire qui militerait également pour les droits humains et la paix."

Chronologie

1972

21 avril : Naissance de Narges Mohammadi à Zanjan, Iran

1979

Révolution islamique en Iran - Durant son enfance, plusieurs membres de sa famille sont emprisonnés, torturés et exécutés

1990s

Études de physique à l'Université internationale Imam-Khomeini. Fondation du groupe d'étudiants éclairés. Premières arrestations lors de réunions politiques

1998

Première arrestation majeure en tant que militante des droits humains

1999

Mariage avec Taghi Rahmani, intellectuel et militant

2003

Rejoint le Centre des défenseurs des droits humains fondé par Shirin Ebadi (prix Nobel de la paix 2003), en devient vice-présidente

2006

Naissance de ses jumeaux, Kiana et Ali

2010-2011

Arrestations répétées pour son activisme

2015

Son mari et ses enfants fuient en France pour leur sécurité. Narges reste en Iran

2016

Mai : Condamnée à 16 ans de prison pour avoir dirigé le mouvement Legam contre la peine de mort. Incarcérée à la prison d'Evin

2020

8 octobre : Libération temporaire de prison

2021-2022

Nouvelle arrestation. Peines supplémentaires ajoutées : total de 31 ans de prison et 154 coups de fouet

2022

Septembre : Mort de Mahsa Amini, déclenchant des manifestations massives. Narges écrit des déclarations de soutien depuis sa cellule

2023

6 octobre : Annonce du prix Nobel de la paix alors qu'elle est emprisonnée à Evin. 10 décembre : Ses enfants acceptent le prix à Oslo en son nom, son siège reste symboliquement vide

2024

Janvier : Peine prolongée de 15 mois pour "diffusion de propagande". Décembre : Autorisation médicale temporaire pour une opération (suspicion de cancer)

2025

12 décembre : Nouvelle arrestation violente lors d'une cérémonie commémorative pour l'avocat Khosrow Alikordi

2026

Février : En grève de la faim en détention pour protester contre son arrestation arbitraire et les conditions inhumaines

Bibliographie et Sources

Ouvrages de référence

  • MOHAMMADI, Narges. White Torture: Interviews with Iranian Women Prisoners. Bibliotheca Iranica, 2018.
  • EBADI, Shirin. Iran Awakening: A Memoir of Revolution and Hope. Random House, 2006.
  • Collectif. Narges Mohammadi - Writings from Prison. [Compilation d'articles et lettres de prison], 2023-2024.

Ressources en ligne